Chili…La région des lacs et des volcans…

Notre route continue vers le nord, pour nous emmener dans la région des lacs et des volcans chiliens. Particularité de ce pays, il est situé sur une des plus grandes failles sismique du monde, entraînant régulièrement des tremblements de terre, tsunami et éruptions volcaniques ( la majorité des volcans étants toujours actifs !).
Nous avons donc, après les panneaux indiquant les routes d’évacuations en cas d’alerte au tsunami en bord de mer, ceux indiquant la même chose en cas d’éruptions ! et comme les chiliens nous l’ont dit: « surtout ne courez pas, prenez le temps ». Nous espérons quand même ne pas avoir à tester notre faculté de résistance à la panique dans ce genre de situation!

La première partie de cette étape nous amène à Puerto Varas, ville entourée par un immense lac au pied du sublime volcan Osorno. Un petit Fuji, à la forme conique inversée, entouré d’une collerette blanche, et culminant à 2800 mètres d’altitude.
Nous le verrons peu car il pleut, il pleut même beaucoup. Notre vie en sac à dos fixe, mais en mouvement, s’arrête donc quelques jours face aux éléments, cela fait du bien et permet de préparer la suite du voyage, de lire et d’écrire.
La vie en voyage ne ressemble pas à des vacances, elle prend une temporalité toute autre, nous prenons donc le temps de gérer notre organisation quotidienne pratique ( lessive, séchage de tente, courses) et de voir si le temps s’améliore; ça ne sera pas le cas et les pluies ayant entraîné la fermeture de la plupart des parc nationaux nous décidons de poursuivre plus au nord vers d’autres volcans et lacs.

Nous arrivons donc à Pucón dans la région de Villarrica, elle aussi au bord d’un grand lac et au pied du volcan éponyme, ressemblant au précédent et d’altitude similaire.
Par chance le soleil revient aussi et nous permet plus facilement de reposer la tente et de partir marcher à la découverte du superbe parc national Huerquehue afin de pouvoir y effectuer le « Sentier des lacs ». Belle ballade en sous bois où il faut regarder en bas, pour veiller à ne pas écraser les nombreux lézards croisant le sentier, regarder en haut, pour tenter d’apercevoir tous ces oiseaux qui chantent, et regarder devant pour admirer la richesse de la faune, notamment toutes ces fleurs sauvages comme les fushias et autres clochettes.
Il fait chaud maintenant et les lagunes offrent une possibilité toute simple pour se rafraîchir ! Magie géologique pour les uns, ou pure phénomène scientifique pour les autres, les magmas sous jacents chauffent l’eau des lacs! Petit bain fort agréable !

Le lendemain, pas encore assez rassasiés de nature, nous décidons de continuer vers un autre sentier pour effectuer l’ascension du  » Sanctuario el Caní », randonnée qui deviendra, après quelques litres de sueurs, un de nos gros coup de cœur !
Bon disons le franchement, on a eu mal, ça grimpe fort dès le début ! Mais quel bonheur d’ouvrir quelques artérioles permettant à nos muscles de s’adapter à la pente et de pouvoir traverser cette foret d’araucarias.
Cet arbre que nous ne connaissons pas en Europe est d’une beauté salvatrice, une espèce de conifère, proche du sapin, aux branches découpées et irrégulières, et possédant des feuilles comme des épines triangulaire. Ici c’est un arbre magique et vénéré par les indiens Mapuches. En effet il existe depuis plus de 225 millions d’années, à l’époque où l’Amérique du Sud était encore jumelée à l’Afrique et où les dinosaures vivaient.
Éloge du temps qui passe et une grande leçon d’humilité pour notre espèce humaine, les araucarias nous survivront peut être. D’ailleurs nous ne sommes pas les premiers à les contempler, Pablo Neruda leur a dédié des odes poétiques. Il en existe de toutes formes et de toutes tailles, des jeunes et d’autres déjà plusieurs fois centenaires. Leurs cimes dessinent les crêtes des montagnes nous entourant.


Nous continuons de monter, nous nous motivons, « force et honneur » diraient les gladiateurs! Après plusieurs heures d’ascension voilà le sommet ! Sensation de libération quasi orgasmique d’arriver sur ces quelques rochers et de pouvoir enfin admirer le panorama.
Imaginez à 1600 mètres de haut une vue à 360 degrés : 4 volcans enneigés et actifs, de 2800 à 3700 mètres de haut, 2 lacs immenses et 2 lagunes vertes composent le paysage!
Le lieu a une puissance naturelle si forte que les quelques randonneurs au sommet portent un sourire béat, oubliant la difficulté de l’effort en quelques secondes, aspirés par la beauté du cadre.
Nous restons à contempler et à manger une salade de pâtes qui apparaît vite comme une des meilleures de notre vie!


Une heure, ou plus, plus tard (on perd la notion du temps avec cette vue!) il est de nouveau temps de faire travailler les quadriceps pour la descente !
Retour ensuite vers notre campement, mais à l’arrière d’un pick-up, cheveux (ou crâne!) au vent…

Nous allons bientôt quitter cette belle région, où les Andes sont magnifiques, et continuer nos découvertes en direction de Valparaiso.

La bande originale de l’article, sans hésiter tellement il raisonne en ce moment,  » Sube a nacer conmigo hermano  » de los Jaivas, le grand groupe chilien du début des années 80, qui ont mis en musique d’une si belle manière le recueil de poème « alturas de Macchu Picchu » (hauteurs du Macchu Picchu) de Pablo Neruda.
Pour la petite histoire le groupe fut forcé à l’exil par la dictature, notre beau pays la France lui offrit refuge avant de pouvoir repartir au Chili. Ils ont donné un concert mythique au Macchu Picchu, faisant résonner la liberté et la poésie à travers toute l’Amérique du sud.
Décidément culture ne rime avec dictature que par le son, pas celui des guitares de los Jaivas en tout cas.

🌈 Maureen et Vincent🌈
🙏 ¡Libertad! 🙏

 

Quelques vers de Pablo Neruda pour finir:

ARAUCARIA

Tout l’hiver, toute la bataille,
tous les nids du fer mouillé,
dans ta fermeté traversée d’air,
dans ta ville sylvestre s’élèvent.
La prison reniée des pierres,
les fils submergés de l’épine,
font de ta chevelure barbelée
un pavillon d’ombres minérales.

Pleur hérissé, éternité de l’eau,
montagne d’écailles, foudre de fers,
ta maison tourmentée se construit
avec des pétales de pure géologie.

Le haut hiver embrasse ton armure
et te couvre de lèvres détruites :
le printemps de violent arôme brise
sa soif dans ton implacable statue :
et le grave automne attend inutilement
de verser de l’or dans ta stature verte.
Pour en savoir plus :
En musique: los Jaivas, Victor Jara, Violeta Parra…
En livre : Luis Sepulveda , Pablo Neruda , Pablo Lorca ….
En tableau: Roberto Mata….
Et tous ceux que l’on oublie!

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