Valparaiso, des couleurs et des graffs ….

Nous irons jusqu’à Valparaiso…

Située au centre de la baie de la terre brûlée (nom donné par les indiens Mapuches, premiers habitants du lieu), Valparaiso est avant tout un port, fondé en 1536 par le conquistador Diego de Almagro qui lui donna le nom de sa ville natale en Espagne (pas très créatif le garçon !). Valparaiso devint le premier port d’Amérique du Sud et connu un essor économique faramineux grâce à la ruée vers l’or californien, puisque située sur un point de passage obligé pour tous les pionniers venus chercher fortune (à l’époque il était plus aisé de passer par le cap Horn que de traverser l’Amérique !).
En 1914 à l’ouverture du canal de Panama, la ville s’enfonce dans la crise économique de manière forte et durable, la misère et la délinquance prolifèrent. Cependant sa situation et son cadre exceptionnel inspirent de nombreux artistes, (Pablo Neruda possède une maison, Roberto Matta aussi), et en 2003 l’UNESCO classe 3 quartiers de la ville au patrimoine mondial de l’humanité. Depuis cette date Valparaiso connaît un début de nouvelle âge d’or grâce au développement artistique et touristique.
Tiens la culture peut créer une alternative économique, pas bête non ?!

Ce qui surprend à Valparaiso c’est la topographie de la ville et ses multiples couleurs. En effet la ville est dressée sur 48 collines (les cerros) sur lesquelles s’accrochent des petites maisons de toutes les couleurs (les habitants sans trop de moyens, peignaient leurs maisons en récupérant des pots de peintures à bateaux sur le port).
Il existe toujours de multiples funiculaires facilitant le trajet des habitants entre les cerros et la ville basse, ils datent du XIX ème, quelques-uns sont encore fonctionnels et ont gardé leur charme d’antan.
Nous sentons que nous sommes remontés au nord, les agapanthes et les hortensias ont laissé place aux bougainvilliers et aux figuiers de barbarie.
L’ambiance est particulière et unique à Valpa, il n’y a qu’à se balader (ou plutôt se perdre) dans les dédales de ses ruelles et de ses escaliers pour sentir la bohème. Ici la moindre marche, le moindre petit bout de mur est coloré ou arbore une fresque ou un graffiti.

Juste un petit point sémantique sur le street art:
-le tag est une inscription au marqueur ou à la bombe contenant un mot, en général une signature, il est peu élaboré et sans grande valeur artistique
-le graffiti est lui aussi un mot mais avec des lettres travaillées et colorées
-la fresque ou le mural est un véritable tableau sur un mur, très travaillé représentant des scènes de vie, des paysages où tout autres personnage psychédélique, il s’étend sur plusieurs mètres carrés (voir ici à des immeubles de 5 – 6 étages!). Certains sont très élaborés et véhiculent toujours un message social ou sociétal.

Valparaiso est une des capitales mondiales de cette contre culture, l’idée avait déjà germé en 1969 moment où plusieurs artistes locaux avaient créé un musée à ciel ouvert dans le cerro Bellavista. Il s’agissait de peindre sur les murs afin de sortir les toiles des musées et de rendre la culture accessible à tous.
Évidement peinture ne rimant pas avec dictature, le musée s’éteint en 1973 mais reprendra en 1992.
Valparaiso possède de nombreuses connections avec l’histoire contemporaine du Chili, c’est la ville natale de Salvador Allende et c’est aussi là, que tristement le coup d’état a commencé le 11 septembre 1973 à 5 h du matin ( c’est un port qui possédait une grande base militaire, Pinochet était lui même un général de la marine).
Heureusement la dictature n’a pas réussi à éteindre la culture artistique de la ville, elle l’a même renforcée. Le besoin de l’Homme de créer, de se nourrir de beau et de s’exprimer a vaincu l’oppression et le fascisme. Ce qui avait commencé par des tags et des pochoirs appelant à la lutte et à la rébellion est devenu une véritable contre culture, maintenant reconnue et attirant de plus en plus de monde voulant s’extasier devant la beauté de ces murales.


Les habitants ont vite compris que l’on ne pouvait arrêter cette déferlante de couleurs aux messages politiques, et ils ont aussi vite compris que le monde du graff avait des règles bien établies. La première de celle-ci étant que l’on ne tague pas un graffiti! Donc plutôt que de s’évertuer à repeindre leurs murs chaque semaine, ils ont fait appel aux artistes de rue pour réaliser une fresque sur leur maison : double récompense, ils peuvent en profiter et n’ont plus à nettoyer leurs murs !!!!
La municipalité de Valpa a fait de même sur de nombreux édifices publics en facilitant la normalisation de ces fresques (ce qui fait toujours débat au sein de cette petite communauté, les puristes revendiquant toujours le côté illégal de ces peintures nocturnes!).
La plupart de ces artistes ont maintenant pignon sur rue, et -joie du paradoxe- reprennent des pinceaux et des toiles pour s’y exprimer, mais ce coup-ci la plupart des toiles restent dans la rue et non pas dans les musées, mais pour combien de temps?

Aujourd’hui Valparaiso nous apparaît comme une ville unique et atypique, de toutes ces œuvres parsemées se dégagent une harmonie, incitant sans cesse l’œil à être vigilant pour ne pas perdre une miette de ces nourritures terrestres.

Nous avons adoré ces quelques jours à Valparaiso, son ambiance de bohème et la beauté de ces « toiles murales » accessibles à tous.
Elle nous a fait si bien ressentir que comme lors de la contemplation de la nature, la diversité crée l’harmonie.
En conclusion cette petite phrase lue sur un mur  » si tu rêves seul c’est un rêve, si nous rêvons ensemble c’est le début de la réalité « .

Nous vous embrassons

🌈 Maureen et Vincent🌈
🙏 ¡La pintura para todos !🙏

Pour en savoir plus, la plupart des street artistes ont une page Facebook ou Instagram. Quelques noms au hasard de ceux qui nous ont plu:

-Cuellimangui, 20 ans de street art à Valpa, nous l’avons rencontré avec sa palette et ses toiles qu’il vend dans la rue, vraiment passionnant et créatif ce graffeur.
-Inti une célébrité dans ce petit monde qui réalise des fresques gigantesques et époustouflantes sur la situation des indiens Mapuches à travers le monde.
-unkolordistinto un couple qui réalise les plus grandes fresques du monde sur des buildings de 6 étages, ils ont fait 4 diptyques sur les 4 saisons à Valpa.
-Mr Papillon un français qui graffe partout dans le monde et à Valparaiso bien sûr !
-Cometa notre gros coup de cœur !

Autant dire beaucoup de matière pour dessiner … cela va pouvoir donner quelques idées à Maureen 😉 !!!

Publicités