Notre route continue toujours vers le nord, semblant tout doucement vouloir nous amener à flirter avec le tropique du capricorne.

Le soleil tape fort, le ciel est d’un bleu plus intense et nous découvrons de nouveaux paysages, toujours plus arides, secs et caillouteux.
Nous sommes dans la pré-cordillère, dans une vallée très encaissée, les versants sont raides de chaque côté, seulement quelques cactus arrivent à survivre dans cette montagne battue par les vents venus du pacifique, tentant de faire face à l’érosion .
Et pourtant au milieu coule une rivière, le « rio Elqui » , faisant naître à ses contours des oasis. Une sécheresse verte, un oxymore dans le paysage d’une beauté saisissante.
L’eau fait jaillir la vie à flancs de falaises et permet à cette région de cultiver, et ceci bien que le soleil tape 365 jours par an, depuis 6 ans ici !! Imaginons 6 années sans pluie en France ! Une catastrophe ! Ici l’homme s’est adapté et grâce à l’irrigation venue de la fonte des glaciers de la cordillère, il a réussi à faire face.
Notre camping est un véritable havre de paix, la tente est posé sous des avocatiers (attention nous sommes en pleine saison de maturation et leurs fréquentes chutes des arbres peut faire mal, surtout à un crâne dégarni !). La propriétaire est une dame âgée, qui a une main sacrément verte, dès notre arrivée elle nous dit que nous pouvons nous servir du jardin « c’est compris dans le prix ». Avec plaisir nous nous régalons d’avocats, de pêches, de raisins, de romarin, et d’une verveine citronnée idéale au coucher !

La principale richesse de la vallée vient de la vigne, le soleil se chargeant de sucrer les raisins, les chiliens de la région se sont spécialisés dans la fabrication du fameux « Pisco ».
Le Pisco est un alcool fort ( 40 degrés) venant de la distillation d’un vin obtenu de cinq cépages poussant dans la vallée ( des muscats principalement). La région a créé une appellation d’origine lui assurant une économie relativement forte, tout en développant par la même occasion un oeno-tourisme important dont les chiliens raffolent.
Pisco signifie oiseau en quéchua ( n’oublions pas que le quéchua est avant tout une langue et pas seulement une marque de tente !)
Nous visitons donc leurs distilleries, tonneaux et alambics avec passion ( les pisqueras ici!) et bien évidement nous dégustons ce breuvage qui se décline sous plusieurs formes, c’est notamment une base à divers cocktails. Le plus connus reste le  » Pisco Sour » à base de Pisco, citrons et blanc d’œuf !

 

Pour découvrir la région nous nous sommes basés à Vicuña, une jolie petite ville colorée au centre de la vallée. Cette ville est très connue ici puisqu’elle a donnée naissance à la première prix Nobel de littérature d’Amérique du Sud en 1945. Gabriela Mistral, une poète populaire et féministe, qui a écrit une poésie profondément triste et humaniste. Sa vie fut marquée par l’abandon de son père à 3 ans et de multiples suicides dans son entourage (son mari et son fils adoptif). Ceci expliquant sûrement cela. D’un milieu social très pauvre elle deviendra institutrice et travaillera toute sa vie pour le droit à l’éducation ( des jeunes filles en particulier).
Nous avons passé le 8 mars ici, journée des femmes, où comme dans beaucoup d’endroits se sont déroulées des manifestations pour l’égalité.
Les femmes au Chili apparaissent comme décomplexées, elles arborent fièrement leur féminité, mais décomplexées ne veut pas dire libérées. L’émancipation s’acquiert par des actes et des neurones, et malheureusement la violence machiste fait toujours des ravages, ici comme ailleurs.
Le lien avec cette femme d’exception est donc tout trouvé, puisque même si ces quelques lignes se veulent toujours contemplatives et humanistes, elles perdraient leur sens si elles n’étaient pas inscrites dans une profonde réalité de vie.
Cette réalité c’est que même si le beau, le partage et l’amour unissent les hommes, la violence et la haine sont elles aussi universelles. Encore un problème de paradoxe, il n’y a pas de beau sans désespoir, pas de conscience sans inconscience, pas de yin sans yang.

Espérons donc et agissons pour que le mouvement inéluctable qui nait du paradoxe nous tire vers le haut, l’amour et la compréhension de l’autre et non vers les bas-fonds et le repli sur soi menant à la haine.

En conclusion une petite phrase de Gabriela Mistral : « ce que l’âme fait pour le corps, l’artiste le fait pour les gens »
N’oublions donc pas l’importance de ces « nourriture terrestres » et les bienfaits qu’elles peuvent procurer à nos âmes, pour que le mouvement soit toujours attiré vers le cosmos et l’impalpable qui font la beauté de nos vies, ici ou ailleurs.

Pas de bande son pour finir mais pour changer une « bande littéraire », avec  » l’histoire d’une mouette et du chat qui lui a appris à voler  » de Luis Sepulveda, encore un grand écrivain chilien, très engagé contre la dictature, une nouvelle qui se lit en une heure, drôle, poétique et remplie de sens qui raconte l’histoire de Zorbas un grand chat noir et gros qui doit apprendre à voler à une mouette…

Nous vous embrassons

🌈 Maureen et Vincent🌈
🙏 ¡Mujeres y hombres, derechos iguales !🙏

Pour en goûter plus, quelques variations autour du Pisco:

-Pisco sour: Pisco, blanc d’œuf et jus de citron, à bien mélanger jusqu’à avoir un blanc d’œuf mousseux
-Pisconic : Pisco, tonic, citron vert et gingembre
-Piscola : Pisco, coca, citron pas le plus fin mais très populaire ici !
Les puristes le préféreront sans adjuvants et sur glace (dans ce cas préférez des piscos artisanaux double distillation, le fuego de la marque ABA est excellent, à voir avec votre caviste!)

Pour en lire plus:
Gabriela Mistral,  » lectures pour femmes » ,  » poème du Chili  » et sûrement tous les autres..

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