La  » vraie Bolivie  » commence ici pour nous.

Fini les lagunes et le salar d’Uyuni, nous voilà à Potosi, jolie ville coloniale à 4000 mètres au dessus de la mer, animée et polluée.

D’un pays à un autre tout change et en Bolivie, une jolie blonde frisée et un chauve en sac à dos deviennent vite les attractions ! ( surtout lorsque nous nous baladons en chaussettes-tatanes, à l’allemande, nos baskets étant encore en mode séchage depuis le salar!)

Potosi a connu une époque faste du XVI ème au XIX ème siècle, peu après la conquête espagnole, on y a découvert des mines sur les montagnes environnantes, de l’or, de l’argent, du cuivre, de l’étain. Toutes ces richesses ont entraîné beaucoup de convoitises et quelques millions de morts ( environ 8 !). La légende raconte qu’à l’époque on aurait pu créer un pont entre Madrid et Potosi, pour moitié en or, et pour l’autre en os de cadavres morts dans la mine.

La mine est toujours en activité, mais sûrement par appréhension ( au vues des retours d’expériences de compagnons de routes l’ayant visitée) et par peur de la claustrophobie nous déciderons de ne pas la visiter et de plutôt passer des bons moments à flâner dans la ville et à en apprécier son architecture !

Le choc des cultures est ici saisissant, les habitants ont la peau mate, les cheveux lisses et noirs, les yeux en amandes, souvent vêtus de costumes traditionnels.

Le niveau de vie a lui aussi chuté par rapport au Chili et à l’Argentine, la misère est bien plus présente, nous rappelant sans cesse notre chance, et aussi le fait que si les hommes naissaient déjà libres et égaux en droits le monde serait plus équitable…

Après deux jours, nous prenons ensuite la direction de Sucre, la capitale administrative du pays.

La ville ne doit pas son nom à une plantation de canne à sucre autour de la ville, mais à un homme : le général Sucre, bras droit de Simon Bolivar, le père de la nation bolivienne. Bolivar, né au Venezuela, se forme en France aux idées des lumières et de la révolution, il se battra ensuite dans une grande partie du continent sud américain dans l’optique de libérer les peuples andins de l’oppression des conquistadors espagnols.

C’est donc en 1825 à Sucre ( qui ne s’appelle pas encore comme ça à l’époque !) que nait la république de Bolivar ( quand même quelques problèmes d’ego le garçon !) qui deviendra la Bolivie quelques années plus tard,

L’histoire de la Bolivie est ensuite dictée par des guerres, notamment celle du pacifique où elle perdit son accès à la mer au profit du Chili en 1883, et celles contre le Paraguay et le Brésil où elle perdit un bon bout d’Amazonie et les richesses qui vont avec.

Ensuite comme beaucoup de pays d’Amérique latine, la Bolivie oscille entre dictatures militaires et gouvernances socialistes, portée par les mouvements sociaux ( miniers notamment). C’est aussi ici que la CIA fera assigner le Che Guevara en 1967 ( dans des circonstances toujours assez troubles), alors qu’il était en train de créer des foyers de guérillas révolutionnaires au sud de la Bolivie.

L’histoire récente du pays fut porteuse d’espoir, notamment avec l’élection d’Evo Morales, socialiste, mais surtout premier président du continent issu d’un peuple aborigène (un indien Ayamara). Quelques années plus tard son bilan est mitigé, même si il semble avoir réussi dans la reconnaissance des peuples et des communautés amérindiennes, ses mandats sont englués dans des scandales de corruptions, et certaines lois, surtout celle qui a fait diminuer l’âge légal du travail en autorisant les enfants de 10 ans à travailler, ont du mal à passer.

Bref nous laissons à nos lecteurs férus d’histoire, le soin de nous en apprendre un peu plus sur le passé complexe de ce pays, tenter de comprendre est toujours compliqué pour nous qui avons été façonnés par notre propre histoire.

Sucre est donc une jolie ville coloniale aux murs blancs, vivante et dynamique comme son marché dans lequel on mange si bien!

En effet pour les boliviens le marché est une institution, très vaste, organisé en secteur on y trouve des variétés phénoménales de fruits et légumes ( dont on ne connaît pas la moitié !), de la viande, de l’épicerie et à l’étage les « comedors ». Les comedors sont en fait les « cantines » du midi pour bon nombres de boliviens, on y mange bien et pas cher! Soupe et plat pour 1,3 euros, et en dessert il faut redescendre d’un étage pour la salade de fruits frais !

Sucre est aussi un excellent point de départ pour aborder une partie de la cordillère appelée Cordillera de Los Frailes .

Nous partons donc en trek pour 3 jours à la découverte des ces paysages et de leurs habitants, accompagnés de Julio notre guide local.

Après quelques kilomètres sur le chemin de l’Inca (les routes commerciales de l’époque) nous découvrons des peintures rupestres de la communauté Jalqu’A, un peuple ancestral vivant de l’agriculture et de la vente de leurs magnifiques textiles noir et rouge.

Entourés de notre couple franco-moldave préféré rencontré au salar, et de deux nouvelles camarades de route sympathiques ( une française et une espagnole vivant à Berlin) , nous arpentons des sentiers tortueux, des vallées luxuriantes, et nous rencontrons des autochtones parlant principalement le quechua.

Là encore la diversité est belle, et le sourire universel.

Lors du troisième jour de trek, nous avons fait une rencontre imprévue, une rencontre avec la peur. La peur, la vraie, celle où tu te demandes pourquoi tu es venu ici ! Et si tu ne t’es pas réellement foutu dans la panade !

Nous sommes à flanc de montagne et des orages éclatent, ils se rapprochent, les éclairs tombent sur les sommets dont nous ne sommes pas si éloignés, et nous savons déjà que même en accélérant nous allons perdre la course pour les éviter.

Le problème c’est que nous sommes trop haut, trop près de la foudre, notre guide s’inquiète aussi, pour pouvoir redescendre il nous faut repasser un col exposé.

Boum, un éclair pète à moins de 100 mètres, garder son calme, laisser passe l’orage et élaborer une stratégie. Boum un autre.

Nous allons donc nous agenouiller et mouiller dans le coin qui nous parait le moins susceptible d’attirer la foudre et attendre …

Une éclaircie arrive, au pas de course nous passons le col et descendons, ouf, le plus dur est derrière nous, il n’y a plus qu’à terminer le trek sous la pluie !

Nous arriverons à bon port avec quelques heures de retard et bien éreintés, mais heureux.

Heureux d’avoir vu et rencontré, heureux d’être sorti sans histoire de cette épique randonnée !

Conscient que comme le disait Malraux, une vie ne vaut rien mais rien ne vaut une vie!

Nous vous embrassons, au son du charango (petite guitare bolivienne), sur les chansons traditionelles des Andes interprétées par Julio !

🌈 Maureen et Vincent 🌈

🙏  ¿A la próxima encima?🙏

Un grand merci à Julio, Alina et Damien, Eloïse et Aday d’avoir été de fabuleux compagnons de route, Hasta luego y al proximo topo de la montaña !

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