Nous voilà arrivés à La Paz, mégalopole tentaculaire de plusieurs millions d’habitants, perchée entre 3600 et 4000 mètres d’altitude.

La ville a son charme pour ses marchés, ses habitants et sa situation au centre de la cordillère, qui en fait la Katmandou des Andes, un paradis pour trekkeurs.

Pas encore rassasiés de montagnes nous décidons donc de découvrir notre nouveau terrain de jeu dans la cordillera Real, afin d’aller nous tester dans l’effort, et de chercher nos limites avec l’altitude…

Nous commencerons donc par un trek de 3 jours dans le massif Condoriri, autour du majestueux Huyana Potosi culminant à 6088m.

Le départ se fait à 4400m, nous voilà déjà sous le choc des paysages, des lagunes entourées de pic enivrants, n’ayant sûrement jamais connus d’autres couleurs que le blanc de la neige qui ne peut fondre. La nature nous appelle, non pas à essayer vainement de la dompter, mais plutôt à nous dépasser pour faire corps avec elle, à se sentir simplement un de ses éléments constitutifs.

Nous partons donc à l’assaut du Pico Austria, 5350m, dès le départ c’est dur, l’hypoxie est là, mais dans son côté positif. On parle toujours du mal des montagnes, mais au bon rythme de marche, ce mal peut aussi vous provoquer une sensation d’enivrement, de plaisir, la tête tourne mais pas trop et aidés par l’envie et l’excitation cela vous aide à avancer.

Dans et sous la neige, nous arriverons au sommet, lentement. La vue d’en haut est juste extraordinaire, on voit si loin, le lac Titacaca d’un côté, la cordillère de l’autre.

L’euphorie nous gagne, la sensation de ne jamais avoir été aussi haut nous grise…

Après une nuit au refuge, les choses sérieuses commencent. Le froid est partout, le vent tout aussi glacial nous fait mal et il faut repartir à l’assaut d’un col à 5200m. Comment dire, au petit matin ça pique! Alors nous avançons, toujours à essayer de trouver le rythme idéal de progression, lent, un pas après l’autre, doucement.

La nature, ou plutôt la « Pacchamama » comme disent les andins, nous offrira, après le passage du col, une récompense superbe à la découverte de cette nouvelle vallée .

La « Pacchamama » ( de terre et mère) est présente partout ici. C’est une croyance des premiers peuples indigènes ( bien avant les Incas). Elle représente le fait que la terre est la mère de tout pour l’homme, on lui fait une offrande pour la remercier et lui demander sa protection avant chaque marche (en général des feuilles de coca!).

La journée se prolonge entre lagunes, moutons, chevaux, lamas et alpagas jusqu’à notre nouveau refuge à 4700m. Rincés, mais ayant évités l’orage, et si heureux de ces 15 km, nous pensons pouvoir nous reposer avant la dernière journée ( normalement la plus facile).

Le mal d’altitude est perfide, il peut en effet avoir un côté euphorisant, mais joie du paradoxe son côté sombre est tout aussi violent ! Pour nous deux il s’exprimera cette nuit là. Impossible de dormir, gelés, nauséeux, vomissements, et comme on dit en Bolivie la « corre-corre  » (littéralement « cours-cours », décidément la diarrhée est elle aussi universelle !

Nous vous laissons imaginer le tableau, -15° dehors, pas de toilette ni lumière, et nous deux franchement pas bien, comment dire, nous avons connu des nuits d’amour plus douces !

Au petit matin et quasiment sans sommeil, il nous faut repartir. Pas le choix pour rejoindre la civilisation il nous faut monter, repasser ce col à 5100m.

C’est dur, il fait toujours froid, le mal de tête ne nous lâche pas, après quelques pas, Vincent glisse et tombe lourdement la main sur un chardon ( plein d’épines comme si il avait marché sur un oursin !), quelques mètres ( et plusieurs minutes) plus tard Maureen glisse dans le petit torrent à traverser ( de tout façon nous savions que nous ne finirions pas la journée au sec !). Ça s’annonce compliqué, ça l’est, il faut aller chercher. Chercher en soi la motivation et la force d’avancer, nous pensons à nos parents, nos familles, nos amis, puis plus rien, le vide dans la tête, le noir. Il faut penser à marcher, lever une jambe après l’autre … petits pas …expiration …

Maureen titube, marche comme un robot, les genoux en recuravatum pour diminuer la dépense énergétique. Nous sommes à la limite, mais ensemble, tendre une main, avoir un mot, et on va le franchir ce putain de col !

Nous finissons par y arriver, pas encore de soulagement, de fierté ni d’euphorie en haut, juste l’envie de redescendre et de trouver de l’air.

Quelques heures plus tard, nous serons à la Paz, au chaud et avec un vrai lit, heureux nous le serons le lendemain, conscients d’avoir touché une de nos limites.

Comme quoi marcher pour un chiffre d’altitude, ou pour le paraître ne sert pas à grand chose, par contre se trouver dans l’effort, tenter de se dépasser avec l’aventure humaine qui en découle est quelque chose de beaucoup plus passionnant. De la difficulté nait le vrai, l’essence de nous même, c’est peut être le seul intérêt d’aller chercher la limite, elle permet alors de se (re)trouver.

Et que cette aventure fut riche, pour nous, en nous, à se battre contre nos démons ( la peur, le vertige, la douleur), aimer les dépasser, pour pouvoir engendrer des cycles vertueux qui ne peuvent exister sans l’autre, et sans la « Pacchamama » !

Nous allons nous reposer quelques jours, avant de remettre ça sur les chemins de l’Inca…La Bolivie a encore beaucoup à nous offrir.

La bande son ! Placebo avec David Bowie, et le titre  » without you i’m nothing « , parce que sans l’autre nous serions restés dans la pente…

Nous vous embrassons.

🌈 Maureen et Vincent 🌈

🙏 ¡ Despacito! 🙏

Merci à Alina et Damien de nous avoir accompagnés dans cette belle aventure 😉

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