Nous sommes arrivés à Arequipa ! Jolie ville au style colonial, au climat accueillant, et toujours bordée par les montagnes… Une chaîne de volcans que l’on voit tout le temps depuis la ville. Elle est formée par le Volcan Misti 5825m, le volcan Picchu 5600m, et la chaîne du Chachani, 6025m.

C’est de ce dernier dont nous décidons de faire l’ascension. Enfin décider, nous prenons en fait juste la décision de répondre à son appel. En effet, la montagne vit, et depuis ces 3 derniers mois nous la ressentons… Et, sans savoir vraiment pourquoi, mais motivés par cette fascination, et surtout cette envie de rentrer en osmose avec elle, nous décidons d’essayer de passer la barre des 6000m !

Arrive donc la phase de préparation : trouver un bon guide, se reposer (nos muscles sont encore gorgés de sang des efforts des jours précédents!), bien manger ( pas de gras, des pâtes, du  riz, des légumes ), et eviter l’alcool! ( fin temporaire d’apéro, on a bien dit temporaire!!).

Nous regardons cette montagne à longueur de journée (la terrasse de l’hôtel nous en offre une vue magnifique!), on se conditionne, on se dit qu’on va y arriver! Mais on doute aussi, ça n’a pas l’air facile non plus…

L’ascension se fait en deux jours, le premier consiste à rejoindre le camp de base à 5200m, y passer la nuit et se lever le lendemain à 2h pour commencer à monter. Le problème c’est qu’à 5200 m on ne dort pas vraiment, quelques minutes par ci par là, et on fait en quelques minutes des rêves des plus bizarres (la montagne, le sentier et des animaux étranges!). Carlos nous rassure et nous dit que cela est tout à fait normal.

Carlos est notre guide. C’est un homme d’une bonne trentaine d’année à la peau mat, les cheveux longs et noirs, avec un peu d’embonpoint. Carlos est très sympathique, souriant et amoureux de la montagne. Il a effectué une formation de guide au Pérou. Celle ci dure 2 ans, alternant théorie et pratique, dans la cordillère blanche au nord du pays.

Pour Carlos, la montagne est une histoire de famille, son père et son oncle sont guides, sa mère tient l’agence et il travaille avec ses cousins. Il nous raconte même que pour le 84ème anniversaire de son grand père, toute sa famille (une vingtaine de personnes) a fait l’ascension du volcan Misti (de son grand père à son fils âgé de 10 ans!), sympa la fête de famille à 5800m!

Lui est comme beaucoup de guides que nous avons rencontrés, bon vivant et passionné, mais aussi un brin solitaire, son plus grand plaisir étant de marcher seul dans la montagne, et il le fait souvent, un 6000 par semaine et quelques 7000 sur sa liste de courses.

Au deuxième jour, nous voilà donc prêt à partir, l’ascension commence à la frontale, dans la nuit complète. Ça grimpe, nous suivons le pas régulier et lent de Carlos, rapidement les effets de l’altitude se font sentir, au départ sur le tube digestif, nausées et spasmes abdominaux se déclenchent pour nous deux dès 5500m. Puis arrive les céphalées, au départ juste une petite barre pulsative occipitale, puis rapidement la douleur vous envahit tout le crâne, ça tape, on a l’impression qu’il va exploser dans sa boite !

Mais le plus impressionnant c’est la sensation de vide d’énergie que l’on ressent à partir de 5700 m! Joie de la combinaison de l’hypoxie et de l’hypercapnie, on ne pense plus, on avance, conditionnés seulement par l’attirance du sommet. Tout devient difficile, le moindre geste vous coûte une énergie que vous ne possédez plus. A 6000, la pression partielle en oxygène est d’environ 45/100 par rapport à notre Bretagne.

Le cœur compense, il bat vite et fort, et n’arrive pas à redescendre même à l’arrêt.

Nous nous motivons mutuellement, en fait on a déjà perdu pieds depuis plusieurs mètres, il nous faut penser à avancer, marcher avec la tête !

Après quelques heures nous voilà au sommet, usés, respirant fort et ne réalisant plus grand chose, un état second dans le quel nous sommes, entre l’ivresse et la douleur.

Le vent et le froid nous font mal, et nous ne resterons que quelques minutes au sommet.

La descente elle aussi sera dure, même si elle est beaucoup plus rapide, le corps exprime toujours sa dette énergétique, et de fortes nausées nous accompagneront jusqu’au soir.

Monter à 6000 m fut une expérience passionnante sur nous mêmes, tester sa volonté et son abnégation, apprendre encore une fois à se connaître dans un environnement auquel il faut s’adapter, faire face.

Nous avons souffert, sûrement un des moments les plus durs physiquement de nos vies. Dur car paradoxalement on se perd soi même, on ne sait plus vraiment qui l’on est, on se  retrouve face à cette grande inconnue d’où émerge le vrai.

Cette perte de soi fait peur, et peut être dangereuse, entraîner des risques que l’on peut prendre sans s’en rendre compte. Cependant ce conditionnement à la montée est fascinant et vous permet de vous dépasser ! Folie ou goût de l’effort, encore une fois les frontières ne sont pas souvent aussi nettes.

Cette expérience fut riche, pour soi, pour notre couple, mais franchement nous ne sommes pas prêt à recommencer demain !

Vouloir caresser le ciel laissera une force qui nous servira dans le quotidien à venir.

Avant de partir nous n’avions même pas envisagé de monter si haut, joie du voyage et de l’amour de la montagne, la vie peut être parfois imprévisible…..

Nous vous embrassons tous, dans le silence de l’altitude…

🙏 Maureen et Vincent 🙏

🌈  ¡Mal de Altura!🌈

Pour finir, j’emprunterai ces mots que je trouve si simple et si beau, avec émotion, car ils sont de mon père :    « Monter à plus de 6000 mètres n’est pas une mince affaire. Il faut marcher sur des terrains difficiles, pierres et neige. Il faut aussi subir les effets de l’hypoxie. Chaque pas devient difficile, chaque respiration devient courte, le cœur bat vite, l’épuisement général envahit tout le corps. La réflexion devient difficile et même absente. On monte parce que l’on est embarqué dans une ascension. On devient automate. C’est pourquoi, j’ai vu en haute montagne des alpinistes se décorder ou abandonner leur sac, sans savoir pourquoi. Bien entendu, la réflexion est encore plus difficile si le mauvais temps arrive, ou si l’on se perd. C’est l’une des causes de mort en haute montagne. Il nous faut alors surmonter nos souffrances et nos incertitudes…. »

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